S’engager dans une asso, c’est quoi ?

Leurs valeurs personnelles, leur curiosité ou simplement un je ne sais quoi indescriptible les a poussé.es à rejoindre l’asso MEUF. Entretiens avec Marie-Caroline, Naouel, Aurore qui nous racontent les raisons et les motivations d’un tel engagement … accessible à tous.tes.

En un rapide préambule, voici quelques mots sur MEUF. MEUF c’est une association basée sur le campus Victoire à Bordeaux qui lutte contre les violences sexistes et sexuelles, et sensibilise à la cause féministe. En parcourant leur compte Instagram, on constate rapidement la positivité qui émane de ses membres et leur motivation à travers la multiplicité des projets organisés par les pôles Écoute et Orientation ; Sensibilisation ; Communication et Partenariat : au programme, des conférences, soirées et apéros ; rencontres inter-assos ; manifestations, divers ateliers … Mais pour participer à un tel projet, il faut réussir à se lancer …

Le Déclic

En arrivant à l’Université, un monde nouveau s’ouvre à soi. Pour certain.es comme Naouel, « en terme de parcours, c’est assez chaotique », pour d’autre cela s’apparente à un long fleuve tranquille. Mais l’Université, c’est aussi une porte ouverte sur les nouveaux débats, l’opportunité de découvrir, affirmer ses convictions, préciser ses passions : « J’ai toujours été féministe, parce que ma grand-mère était féministe, elle avait sa propre asso, et mon déclic a été la scène ouverte à la rentrée où j’ai découvert qu’il y avait une asso féministe à la fac et je me suis dit «Whoa cette asso c’est pour moi». […] J’ai trouvé ça super important, se sentir utile, j’ai un besoin de me sentir utile » me dit Marie-Caroline qui a rejoint MEUF en janvier.

C’est un peu la même histoire pour Aurore, qui après de longues hésitations et la peur du manque de temps est parvenue à sauter le pas : «Faut que je le fasse en fait, il faut que je mette en application mon féminisme à moi». Naouel est engagée depuis quelques mois, et c’est en discutant avec son père que le déclic a eu lieu : «Il m’avait dit qu’il ne me trouvait pas assez politisé, que je manquais de conscience politique […] ça ça m’a énervé, parce que c’est pas vrai, je suis politisée. Et quand j’ai entendu parler de l’asso MEUF, je me suis dit, je suis féministe, j’ai envie de faire bouger les choses, […] Parce que pour moi c’est ça qui parait concret actuellement »

L’entrée dans l’asso

Pas besoin d’être sur un campus en particulier pour rejoindre une association étudiante, il faut seulement avoir l’œil. Aurore étudie sur le campus Montesquieu et n’a pas hésité un instant lorsqu’elle est tombée sur le compte Instagram de l’asso MEUF. C’était un «signe du destin», elle devait s’engager à tout prix : « Elles ont fait un appel à candidature pour rentrer dans l’asso en disant qu’elles cherchaient des gens pour rentrer dans le conseil d’administration pour différents pôles […] J’ai envoyé ma candidature parce que je me suis dit qu’il fallait que je m’engage, j’ai passé l’entretien et j’ai été reçue ».

Entrer dans une association demande un travail de réflexion en amont. Ce n’est pas le cas de toutes, mais certaines prévoient un entretien, pour s’assurer de ta volonté, te connaitre un peu mieux, s’assurer que ton profil correspond. Chez MEUF, rien de bien méchant, Naouel explique :« C’est juste un café avec les créatrices de l’asso qui ont des questions sur mon point de vu par rapport au féminisme ».

Dans beaucoup d’associations, chacun à son mot à dire et peut apporter sa touche. Généralement la hiérarchie entre les membres est peu présente comme le précise Marie-Caroline, mais peut s’instaurer lors d’évènements comme les conseils d’administration.

Une question d’organisation

S’engager au sein d’une association, n’est pas une mince affaire. Il faut faire preuve d’organisation, de volonté et réfléchir à ce que cela représente. Pour Naouel étudiante en théâtre, la machine se met doucement en marche entre ses différentes obligations : « Disons que j’ai pas encore trouvé ma vitesse de croisière par rapport à la gestion du temps entre l’association, les études, la vie et le fait que j’essaie de trouver du taf ou d’avoir quelques dates à droite et à gauche […] c’est un peu compliqué mais c’est faisable, je m’en sors très bien jusqu’ici ».

Marie-Caroline explique : « J’avais besoin de trouver un peu mes repères avant de m’engager dans quelque chose. […] J’essaie de faire la part des choses. Par exemple, si je dois bosser sur des trucs pour l’asso, je le fais le soir avant de me coucher, parce que c’est un truc qui me demande pas trop d’énergie comparé aux cours que je vais bosser du matin au soir».
Néanmoins, pas de panique, s’engager dans une association n’est pas synonyme de la fin de votre vie sociale et Aurore peut vous l’affirmer : «C’est du bénévolat, il faut être disponible, avoir un peu de temps mais pas non plus se dire que c’est un job à temps plein, l’engagement peut être variable».

De nouvelles affinités

Prendre part à la vie associative, est aussi un outil de socialisation. Entrer à l’université peut s’avérer complexe lorsque l’on a aucun repère. Pour Marie-Caroline, Naouel et Aurore, rejoindre MEUF était une réelle opportunité pour créer du lien : « Disons que vu qu’on est devenues amies avec les personnes de l’asso, quand on fait une réunion, après on va au bar » lance Marie-Caroline. Être répartis en pôle au sein d’une association, ce qui est le cas pour beaucoup, est aussi un réel plus pour créer du lien : « On est réunis entre pôles, je suis au pôle écoute, ça permet déjà de très bien être intégrée, et de fil en aiguille, l’association va souvent boire des verres, ça aide», précise Aurore.

Pour Naouel qui a rejoint l’asso après avoir vue une story de son amie, présidente de MEUF, l’intégration coulait de source : « J’étais déjà amie avec deux personnes dans l’asso, j’étais pas totalement dans l’inconnu […] C’est aussi un endroit qui est fait pour être un espace de bienveillance par rapport aux valeurs qu’on veut défendre. […] C’est un peu ça que ça m’apporte, et aussi rencontrer des gens qui sont dans les mêmes valeurs que toi et qui ont l’impression que ça ne bouge pas assez vite et qui recherchent quelque chose de plus concret, simplement ».

Une pierre deux coup :

Au-delà des connexions diverses et variées qu’offre une place au sein d’une association, c’est aussi la rencontre avec des profils tout aussi uniques les uns que les autres, réunis autour d’un engagement commun. C’est alors l’occasion de croiser scolaire et personnel.
Étudiante en deuxième année de psychologie, Marie-Caroline a conscience que faire partie de MEUF est un réel atout pour son parcours scolaire qui n’en sera que plus enrichi : « Je suis en psycho, donc le pôle écoute et orientation me correspond plutôt bien, je pense que ça va m’apporter que du plus par rapport à mon projet professionnel ».

Véritable couteau suisse d’inventivité, Naouel raconte : « C’est la possibilité aussi de pouvoir mettre à bien toutes les idées de projets que j’avais […]. Quand tu as tout un tas de gens que tu connais [dans l’association], c’est déjà plus de contacts, plus de choses que tu peux mettre en place plus facilement».
L’engagement associatif est aussi un réel atout et ce même dans sa formation. Aurore étudiante en Master 1 de sciences politique et sociologie comparative en témoigne, mais prévient : l’engagement associatif se doit être une volonté personnelle avant tout : « Au niveau professionnel, ça t’apporte trois crédits UECTS donc une UE bonus dans ta scolarité. Mais bon moi je l’ai pas fait pour le moment, je pense surtout que c’est l’enrichissement personnel [le plus important] parce que tu baignes tout le temps là-dedans ».

Un essentiel dans la vie étudiante ?

Un plus certes, mais pas un prérequis. La vie associative, dans quelque organisme que ce soit doit se voir comme un « Un bonus », estime Marie-Caroline, « si on ne le fait pas parce que on ne le sent pas, on ne perd pas grand-chose ».

Pas de pression pour ceux qui ne sont pas dans la vie associative rassure Naouel : « Je sais pas si c’est essentiel, […] par contre dire que c’est enrichissant, ça certainement. […] Juste d’essayer puisqu’au final, il n’y a pas grand-chose à y perdre … Ça ne peut qu’apporter du bon, il ne faut pas forcément se freiner avec les « et si jamais ça se passait comme ci, comme ça », parce qu’au final, ça n’apporte rien de bon dans la vie, donc je pense que c’est un conseil qui peut s’adapter pour plus que les assos » conclura Naouel sur une note positive.

Camille Lartigau