Caviar, passe décisive pour un foot sociétal

Caviar, passe décisive pour un foot sociétal

SoFoot, France Football… tant de grands noms qui parlent à tous les amoureux du football et des féru.e.s de magazines, et désormais Caviar qui continu à s’immiscer dans la cour des grands grâce à son concept original de raconter la société à travers le football. Si ce projet né à l’initiative d’étudiants de Sciences Po s’est professionnalisé, il en reste avant tout une très enrichissante « aventure humaine » nous raconte Louis Fabre Étudiant en Master journalisme à Sciences Po Bordeaux et chargé des relations presse pour Caviar. 

Peux-tu nous présenter Caviar, et de quelle manière a émergée l’idée de ce projet entièrement consacré au foot ? 

Le projet a été lancé par quatre étudiants de Sciences Po Aix, dont trois avaient créé en amont un blog qui s’appelait le sens du jeu, et le quatrième avait une page Facebook qui s’appelait petit filet, et ils se sont associés pour pouvoir créer le magazine caviar. Caviar parce que ça sonnait bien au niveau foot et que c’était original avec forcément le clin d’œil à la passe décisive, parce que notre slogan c’est « une passe décisive pour voir le foot autrement ». Notre objectif c’est de créer un magazine dans un espace libre du foot. Sofoot faisait ça avant, il apportait cet aspect de politique sociétal au foot mais ne le fait plus trop maintenant avec un aspect plus business, il y a aussi France Football un magazine plus sur l’actualité sportive… nous on voulait quelque chose d’un peu plus froid et vraiment sociétal et culturel sur le foot. C’est pour ça que nos éditions sont reliées vers le foot et traitées par thème. On a commencé par l’immigration africaine grâce à un livre de Christophe Glaise, un journaliste de SoFoot qui avait publié un livre à l’époque là-dessus, et ensuite on a enchainé avec une édition sur le foot rural puis la géopolitique du foot forcément, la mode, pour notre premier mook, on vient de faire littérature et donc science. Ce sont des sujets assez vastes à chaque fois, on essaie d’apporter le foot sous tous ses angles et notamment sociétaux. Le projet était essentiellement étudiant à la base, où je connaissais un des directeurs de rédactions qui m’a contacté pour la première édition où j’ai directement écrit, et depuis je suis devenu chargé des relations presses pour le magazine.

Vous êtes-vous inspirés de SoFoot qui adopte un ton décalé dans sa ligne de conduite ? 

Oui, quand on voit nos trois premières éditions, on remarque la première page, qui est déjà très ressemblante avec la disposition du titre en haut, mais en changeant sur le mook on a voulu se démarquer, adopter une image qui nous était propre, et même au niveau du format on fait un 148 pages et le magazine est publié en trimestriel, on se rapproche plus maintenant des cahiers du foot. Mais forcément on se rapproche un peu de SoFoot car le fond nous a plu à la base. Nous c’est le ton qu’on souhaite avoir et puis on reste des apprentis journalistes quand même pour la plupart même si on s’est professionnalisés avec des jeunes journalistes qui viennent un peu d’ailleurs, on a notre rédac chef qui était à France Football avant et même d’autres rédacteurs qui sont déjà journalistes. On a pris en qualité, en expérience d’expertise, et même si on a eu certaines inspirations on ne peut pas créer un projet à partir de rien et on est en train de créer notre voie sur ce format de mook qui reprends les différents angles sociétaux du foot. 

Caviar, un nom original et à la fois quelque chose qui sonne comme une évidence, pour vous le but c’est de délivrer de vraies passes décisives à vos lecteurs ? 


C’est ça, c’est la passe décisive pour voir le foot autrement, c’est un agréable nom mais qui ne veut pas dire qu’on se veut élitiste ou autre, c’est plus pour le clin d’œil et c’est un nom qui va très bien avec notre projet. C’est porter cet éclairage pas seulement sociologique mais aussi politique, culturel et social, avant tout sur le football, parce que pour nous le football est un “fait social total” pour reprendre les mots de Marcel Moss. C’est vraiment un sport qui est plus qu’un sport, qui est inséré dans toutes les strates de la société et qui doit donc être analysé comme tel, au-delà des préjugés qu’il peut y avoir sur le foot ou le sport en général. C’est une culture qui doit être analysée en tant que tel.

Dans une interview donnée à France Bleu Pays D’Auvergne, Tristan Boissier a évoqué que le but du magazine était de « partir du football pour expliquer ce qu’est la société aujourd’hui, dans quelles mesures le football impacte la société », est-ce que c’est un moyen de montrer que le football dépasse le simple cadre de l’activité physique ? 

Absolument, c’est ça qui est au cœur de notre projet, c’est de montrer comment le foot s’insère dans la société, comment il fait bouger la société tout autant que la société le fait bouger. Le sport aujourd’hui est intégré dans une pluralité de logiques économiques, sociales et culturelles faisant qu’il doit être pensé et analysé pas seulement comme un simple sport. Mais quand on voit, la première chose qui me vient en tête c’est le retentissement qu’avait eu le match PSG-Başakşehir. On s’est tout de suite dit « ah le foot peut se politiser », c’est quelque chose de normal et d’ancré dans le football. C’est très bien que des footballeurs s’engagent politiquement, mais le foot par lui-même est politique. 

Vous semblez pouvoir toucher un public plus large avec cette approche inédite.

Tout à fait, ce qui aussi était très important pour nous c’était de produire un bel objet qui soit compréhensible pour tous et qui attire tout le monde. En parlant du foot de cette manière-là, c’est aussi montrer que ce sont des problématiques qui peuvent intéresser tout le monde. On veut attirer un public qui n’est pas que le pur sportif et ça je trouve que c’est notre plus belle victoire. Quand je reçois des messages ou que je vois des commentaires de lecteurs qui nous disent : « je ne suis pas le foot mais j’apprécie le travail que vous faites ». Je trouve que c’est les meilleurs retours, parce que ça prouve que ce que l’on veut faire fonctionne et ça illustre le décloisonnement du foot de la seule sphère sportive. Personnellement c’est un objectif qui me tient beaucoup à cœur dans ma façon d’envisager le sport et quand c’est reconnu à l’échelle collective c’est encore plus plaisant. 

Caviar était auparavant disponible dans plus de 2000 points de ventes, on aurait pu penser à un simple magazine étudiant, mais c’est un vrai travail de professionnels. Quel avenir pour ce beau magazine ?

On a lancé notre magazine en janvier 2019, trois mois après il y a eu les grèves, les mouvements des gilets jaunes, ensuite la réforme des retraites et les grèves des postes notamment. En fait on n’a jamais eu un moment tranquille depuis qu’on a lancé le magazine on a toujours eu des complications. C’est pour cela aussi que le magazine est uniquement à la vente sur notre site dorénavant. C’est un magazine qui est évidemment fait pour durer, c’est sûr qu’au début on ne savait pas vers où on se lançait, c’était un pari fou de se lancer dans la presse papier, à l’époque où l’on dit que la presse papier se meurt à petit feu, même si certains la défendent corps et âmes. C’est quelque chose de porteur pour l’avenir car je ne pense pas que le numérique va tout embarquer non plus. C’est le plaisir du papier qui reste et vu la structuration que l’on développe petit à petit, et vu que tout le monde ici veut devenir journaliste ça n’est pas qu’une rampe de lancement, c’est en train de devenir un véritable projet de long terme.

Caviar c’est aussi des recettes, des pronos, une boutique… en fait c’est plus que du foot. 

Caviar, oui. Cave vie art, t’as tout compris, c’est plus que du foot, j’ai d’ailleurs participé à cette élaboration de recette, je viens de l’Aveyron un département assez rural, j’adore la bonne bouffe. Si on peut associer Caviar à la bouffe et autre, faire un magazine à la fois sportif, culturel, gastronomique et artistique ce serait génial. Les pronos également c’est quelque chose qui était sur le blog du sens du jeu et qu’on a voulu relancer, en dehors des sujets de fond l’objectif c’est d’intégrer du divertissement sans s’égarer dans la facilité de la blague mais vraiment d’apporter un peu de légèreté dans nos contenus ; c’est bien de permettre cette diversité. Sur le magazine également avec nos collaborations avec des photographes pour nos portfolios qui permettent d’aérer et d’avoir un bel objet à la fois sur le fond et sur la forme.

On a pu apercevoir des invités de marques dans vos magazines. Cela a-t-il participé à l’expansion de Caviar ? 

C’est une grande fierté d’avoir pu avoir de tels noms. Le premier qui nous avait transcendé c’était Lucas Tousard, dès la seconde édition grâce à notre implantation locale. Mais dès la troisième quand on avait Grégoire Margotton et Pascal Boniface ça donnait le sourire aux lèvres. On se disait qu’on n’était qu’un journal débutant et d’avoir de tels têtes d’affiches, on était comme des fous, comme des gosses, et là ça continue pour cette 6ème édition avec Cédric Villani, Michel Del Zakarian, Cristian Gourcuff, c’est quand même des personnes connus à l’échelle nationale. On en a bien d’autres à venir mais je ne vais pas « spoiler » notre travail sur nos autres projets. 

Où peut-on suivre Caviar ?  

On est présent sur notre site Web, on a une boutique ouverte avec des T-shirt, des affiches aussi qui seront bientôt au programme et bien-sûr, les réseaux sociaux. On a également le projet de lancer une chaîne YouTube avec des podcasts. Ce n’est que le début de ce projet qui a bien grandi depuis ses débuts il y a 1 an, mais ça reste un projet qui ne peut que grandir. 

 

Baptiste FAUTHOUX