Compte rendu de la masterclass « Comment enquêter sur des sujets féministes ? »

Compte rendu de la masterclass « Comment enquêter sur des sujets féministes ? »

Le 8 mars dernier, les étudiants en première année de master de l’Institut de journalisme Bordeaux Aquitaine (IJBA) ont organisé une conférence sur le thème : « Comment enquêter sur des sujets féministes ? ». Pour animer cette conférence, Aliénor Carrière a été invitée. Journaliste féministe chez Arte Tv et Téva, elle est aussi membre de l’association Prenons la Une (association de femmes journalistes qui lutte pour une juste représentation des femmes dans les médias et pour l’égalité professionnelle dans les rédactions), elle est également formatrice à l’ESJ Lille. La présentation s’est déroulée devant une assemblée en ligne de plus de 70 personnes.

Dans un premier temps, Aliénor Carrière s’est attelée au pourquoi du comment. Les sujets féministes sont larges et relèvent de nombreux faits de société qui touchent la moitié de la population, englobant notamment les violences sexistes à la maltraitance d’enfant. Cette moitié a pendant longtemps été minimisée, voire effacée, c’est pourquoi aujourd’hui il est important de montrer que cette population existe, tout autant que les maux dont elle souffre.

Après avoir évoqué en chiffres ces différentes agressions, la journaliste a présenté tout le travail d’enquête, allant de la prise de contact de victimes déclarées, savoir les écouter tout en gardant une distance professionnelle, mais aussi en faire de même avec la version du mis en cause, car il est « juridiquement obligatoire et déontologiquement nécessaire de permettre à quelqu’un de se défendre ». Aliénor Carrière a également évoqué l’implication psychologique qu’une telle enquête peut engendrer, que ce soit chez la victime ou chez le/la journaliste. Evoquer un évènement traumatisant pour une victime peut être la source d’un second trauma. Alors que chez le/la journaliste, cela peut créer un trauma vicariant, c’est-à-dire un traumatisme par identification ou compassion.

Une majeure partie du travail consiste à recouper ses informations jusqu’à épuisement, mais aussi à prendre garde aux mots utilisés, pour ne pas tomber dans la diffamation. En effet le/la journaliste doit pouvoir prouver ce qu’il/elle avance dans son article devant un.e juge. C’est pour cela qu’il est important de garder tous les éléments qui ont permis de construire l’enquête. 

La visioconférence s’est poursuivie sur une série de question de l’auditoire. Celles-ci ont beaucoup portées sur la une du jour de Libération, qui avait choisi de mettre en première page la lettre d’un agresseur à sa victime. Cette une a été considérée comme problématique par beaucoup, notamment pour la date de parution choisie : le 8 mars, c’est-à-dire lors de la journée internationale des droits des femmes. Pour éviter ce genre d’incident, les gender editor, autrement dit les responsables éditoriaux de la question de genre, sont de plus en plus présents dans les rédactions. Ce nouveau métier implanté depuis peu en France, vise à une créer une coordination entre les différents pôles d’un journal de manière à le rendre plus inclusif, sans pour autant imposer des sujets ou censurer les journalistes.

Finalement, Aliénor Carrière a terminé sa présentation en partageant des contacts utiles tel que le mail du pôle écoute des victimes de Prenons la Une : allosexisme@prenonslaune.fr.

 

Laure Ricochon