Harcèlement sexuel : une histoire de politiques ?

L’affaire Weinstein n’a pas seulement brisé le tabou du harcèlement sexuel au sein de l’industrie cinématographique. Elle a aussi permis la libération de la parole dans la sphère politique. Tantôt pour condamner, tantôt pour dénoncer, et parfois même pour excuser ou nier, des politiques de tous bords ont pris la parole.  

La parole se libère

Les hashtags balancetonporc et Metoo n’ont pas épargné le monde politique. Jean Lassalle a ainsi été accusé sur Twitter par une militante PCF, ancienne attachée parlementaire : « J’avais 25 ans et j’étais attachée parlementaire. En allant vers l’hémicycle, Jean Lassalle m’a mis une main aux fesses ». L’ancien candidat à la présidentielle a démenti auprès du journal Sud Ouest, affirmant « ne pas connaître cette dame » puis ajoutant : « Je ne me souviens pas de cet épisode. Je suis quelqu’un de truculent, de tactile, mais je sais faire la différence entre une main sur un bras que je reconnais poser aussi bien sur les hommes que sur les femmes et une main au cul, je m’en souviendrais ! » Jean Lassalle n’est pas le seul politique mis en cause. Le conseiller régional d’Ile-de-France Gilbert Cuzou, ex-PS est visé par les plaintes de deux collaboratrices. Il y a aussi l’ancien ministre de François Mitterrand, Pierre Joxe, accusé par l’écrivaine Ariane Fornia, fille de l’ex-ministre Eric Besson, de l’avoir agressée sexuellement en 2010.

L'Assemblée, un élevage porcin ?

Alors que le gouvernement a très vite réagi à l’affaire Weinstein et à ses répercussions, avant que le scandale touche ses propres rangs, les autres partis sont restés assez silencieux sur le sujet. A droite, la candidate à la présidence du parti Les Républicains a proposé de « judiciariser la démarche initiée par les femmes via #balancetonporc » pour « encourager les victimes de harcèlement sexuel à témoigner en toute confidentialité ». Le Parti de gauche, affilié France Insoumise, regrette « un coup de com’ facile du gouvernement ». Caroline de Haas, militante féministe, a dénoncé le « silence » des partis de gauche.

Élue Europe Ecologie Les Verts dans le Pas-de-Calais et ex-attachée parlementaire, Marine Tondelier a dévoilé l’existence d’une blacklist de députés à éviter. Elle a témoigné pour France 2 du quotidien des collaboratrices de l’Assemblée en évoquant les remarques sur leurs tenues ou leur maquillage notamment. « Il y avait une blacklist des mecs avec qui il ne fallait pas trop prendre de risque » a-t-elle confié au magazine 19h le dimanche. « Il y a des noms de parlementaires qui circulaient entre collaboratrices, car on savait qu’il ne fallait pas prendre l’ascenseur avec eux. Il y avait un risque qu’ils vous collent une main aux fesses ». Elle témoigne d’une certaine libération de la parole suite à l’affaire Baupin : « à partir de là, c’est devenu un sujet de conversation entre nous et on s’est rapidement rendu compte que chaque fille avait des dizaines d’histoires à raconter. Ce sont des choses auxquelles on ne faisait pas forcément attention mais à partir du moment où vous le regardez, vous en voyez plus et ça devient intolérable car c’est pesant au quotidien ».