Entre rêve et réalité : l’impact des directives gouvernementales dans le secondaire

Le 5 novembre les fédérations syndicales de l’éducation, FSU, FO, CGT éduc, Snalc et Sud éduc, appelaient à une grève d’avertissement pour le mardi 10 novembre. Elles dénoncent le manque de moyen dans les établissements et le sentiment d’insécurité lié à l’approche de la deuxième vague de Covid-19 pour le personnel et les élèves. Des étudiants travaillant dans ces structures ont accepté de témoigner.  

Dans un communiqué le SNUipp (Syndicat national unitaire des instituteurs, professeurs des écoles et PEGC) FSU, exprime la nécessité de maintenir les écoles ouvertes : « tant une nouvelle fermeture aurait des conséquences scolaires et sociales dramatiques ». Mais la réponse gouvernementale est jugée trop faible et semble ne pas prendre en considération les réalités auxquelles sont confrontés les personnels d’établissements. 

Pour rappel, le port du masque est désormais obligatoire pour les enfants dès le CP et la désinfection des locaux doit se faire plusieurs fois par jours. Le personnel éducatif est chargé de faire respecter une distance d’un mètre entre les enfants de groupes différents pendant le temps de restauration et les récréations. D’après le personnel interrogé, certaines mesures semblent réellement difficiles à faire respecter et le manque d’effectif apparaît parfois. 


A Marmande, les élèves jouent le jeu

Alexis* travaille à l’internat d’un lycée de Marmande. Selon lui l’application des mesures sanitaires était compliquée la première semaine, il n’a pas observé de vrais changements. Le nombre d’élèves ne permet pas de faire respecter les distanciations que ce soit au self ou en classe : «  Si les élèves passent en demi groupe ce sera plus facile à gérer, sans cette mesure c’est impossible ». Concernant sa santé Alexis semble partagé : « Avec le nombre d’élèves, oui forcement on peut avoir un peu peur, ça brasse du monde ! Mais avec les cours en demi groupe ça devrait aller mieux ». Et l’administration ? «  Eux mettent en place tout ce qui est possible, c’est difficile  de gérer dans l’urgence ». Dans le lycée, comme à l’internat les élèves semblent  jouer le jeu : « C’est surtout pour les internes que c’est difficile, ils doivent porter le masque toute la journée, mais on a pas trop besoin de leur demander, il savent que c’est important ». 

Des infrastructures inadaptées à Mayotte

Salim, étudiant et assistant d’éducation du collège Zéna M’Déré de Mayotte est plus critique vis à vis des mesures sanitaires exigées. Pour lui : « les mesures prises par le gouvernement afin de garantir la protection des élèves et du personnel dans cette crise sanitaire, ne sont pas du tout adéquates». Il évoque la même volonté de bien faire de l’établissement : « Bien sûr, on essaye tout de même de faire tout notre possible afin de les respecter et de les faire respecter. Se laver les mains, utiliser du gel hydroalcoolique, faire respecter les distanciations sociales », les salles sont nettoyées deux fois par jours, en fin de matinée et d’après-midi. « La distanciation sociale, je trouve cela très difficile à faire respecter. Les élèves se regroupent à l’entrée de l’établissement et lors des récréations, 1600 jeunes, on ne peut faire autrement ». Dans son établissement Salim évoque un autre problème, au niveau de la restauration : « On a pas vraiment un local, genre self ou cantine, ce qui est embêtant, surtout pendant cette crise sanitaire. De ce fait, lorsque les élèves prennent leurs collations, ils effectuent une longue file, les uns derrière les autres, des fois sous le soleil. Et donc bien évidemment, la distanciation sociale n’est pas du tout respectée par les élèves ».

Quelles solutions pour les REP ?

Jeanne* AED dans un collège classé REP à Bordeaux soulève le problème du manque d’effectif : « on est un petit collège, mais avec les arrêts maladie de professeurs et de certains AED qui se multiplient, on a du mal à gérer. Pour moi, il nous faudrait au moins trois AED supplémentaires ». Avec l’augmentation du nombre de cas contact et de personnel positif, elle craint pour sa sécurité : « Nous on doit faire face aux élèves tout le temps. Avec les professeurs ils sont assis, ils ne bougent pas mais avec nous ils se déplacent dans la cour et retirent leurs masques dès qu’on a le dos tourné, c’est usant ». L’absence de professeurs remplaçants l’inquiète pour l’avenir de ses élèves déjà en grande difficulté : « Si un professeur est absent c’est à nous de les récupérer en permanence, ils ne viennent pas au collège pour ça». Cependant sur cette spécificité qu’est la REP, les cours en demi groupe ne seraient pas non plus une solution : « C’est pas normal qu’il y ait autant de brassage, mais en demi groupe ce serait difficile pour eux. Ils ont parfois une vie familiale très dure, le collège c’est leur échappatoire. Certains apprennent à parler français ici, chez eux ils ne travailleraient pas ».


Les mesures annoncées par le gouvernement ne semblent pas être adaptées aux spécificités des établissements. Le personnel surveillant a globalement la sensation que ces mesures soudaines laissent place à un manque d’organisation général au sein d’établissements qui essaient de faire de leur mieux. Malgré leur proximité avec les élèves, les assistants d’éducations sont absents des discours politiques. Leurs conditions de travail et leur santé passent au second plan. 

* les noms ont été modifiés


Johanne Chanca