Kaboul : l’éducation entachée par le terrorisme

Kaboul : l’éducation entachée par le terrorisme

Déjà la cible d’une attaque en mars 2018 causant la mort de plusieurs dizaines de personnes, lundi 2 novembre dernier, l’université de Kaboul en Afghanistan a été de nouveau prise pour cible lors d’un attentat terroriste revendiqué par l’Etat Islamique. Trois jihadistes se sont introduits dans l’établissement et ont abattu 22 personnes dont la plupart sont des étudiants. Après l’attaque de Conflans-Sainte-Honorine en France, une nouvelle fois le groupe Etat Islamique s’attaque à l’éducation. 

 

Une scène de terreur 

 

C’est via son agence de propagande Amaq que Daesh (nom arabe de l’Etat Islamique) a revendiqué l’attaque perpétré plus tôt. C’est en fin de matinée que les 3 assaillants, un kamikaze et deux tireurs pénètrent dans l’université de Kaboul et sèment la terreur sur le campus.  

L’effroi éprouvé par les étudiants sur place se ressent dans les témoignages recueillis plus tard. « Nous ne pensions pas en sortir vivants. Nous pensions que nous allions tous mourir » évoque l’un d’entre eux. Désespérés, certains tentent le tout pour le tout en fuyant par les fenêtres de l’établissement « On savait que quelque chose n’allait pas, on a commencé à sauter par la fenêtre » déclare un autre étudiant. La scène est décrite comme un champ de bataille, entre corps ensanglantés et l’impuissance face aux « appels à l’aide », « C’était le moment le plus horrible de ma vie », ajoute l’élève. 

Les affrontements ont duré plusieurs heures entre les hommes armés et les forces de sécurité à l’intérieur de l’établissement. Après quoi, les assaillants ont été neutralisés. 

L’université de Kaboul est la principale institution éducative en Afghanistan, elle est depuis longtemps une cible pour les insurgés islamiques. La sécurité y était renforcée puisqu’une attaque tuant 40 personnes avait eu lieu une semaine plus tôt dans la même ville.  

Le président afghan, Ghani Ashraf n’a pas tardé à réagir en affirmant que « La vengeance sera forte » il ajoute : « Nos troupes vous poursuivront et vous élimineront ». Un message fort dans un pays qui semble gangréné par l’Etat Islamique. 

 

 Un pays dans la tourmente 

 

Kaboul est une ville régulièrement prise pour cible tant par l’Etat Islamique que par les talibans (un autre groupe terroriste). Quotidiennement, les civils assistent à des affrontements armés dans le pays essentiellement contre la population chiite (un courant de l’Islam) l’Etat Islamique étant lui à majorité sunnite. Face à un pouvoir central plus que faible, les organisations terroristes profitent de l’instabilité du pays pour tenter de s’imposer par la force. 

Selon le rapport UNAMA des Nations Unies, au cours des 9 derniers mois plus de 2 000 civils ont été tués et près de 4 000 blessés. On compte par dizaines les attaques médiatisées commises rien qu’à Kaboul. Dans un pays où la liberté de la presse n’est pas un principe fondamental, les chiffres pourraient en réalité être bien plus élevés. Le 24 octobre dernier, c’est un centre éducatif qui a été pris pour cible faisant 40 morts, mi-mai une fusillade avait eu lieu dans une maternité de la ville ôtant la vie à mères et enfants. En mars 2018, 26 personnes avaient perdus la vie dans un attentat suicide revendiqué par l’Etat Islamique. 

 

Alors que des négociations étaient en cours à Doha entre le gouvernement afghan et les talibans pour mettre fin à 20 ans de conflit, les jihadistes sont venus obscurcir le climat de paix annoncé et l’espoir pour la population de retrouver le souffle, elle qui étouffe depuis des années. 

 

L’éducation prise pour cible 

 

Une nouvelle fois, c’est l’éducation qui a été choisie comme scène de ces atrocités. Qu’il s’agisse des talibans ou de l’Etat Islamique n’en sont pas à leurs coups d’essai. C’est malheureusement bien souvent que ces organisations choisissent comme le décrit le président Emmanuel Macron ce « bien universel de l’humanité ». La prix Nobel de la paix 2014, Malala Yousafzai, qui milite aujourd’hui pour l’accès à l’éducation notamment pour les filles, avait reçu une balle dans la tête en 2012 lors d’une attaque armée des talibans alors qu’elle se rendait à l’école.  

Dès 2015, après les attentats de Paris, on pouvait lire dans Dar-al-Islam, le magazine francophone de l’Etat Islamique que ceux qui enseignent la laïcité sont en « guerre ouverte contre la famille musulmane ». Plus loin, il est indiqué : « Il y a donc une obligation de combattre et de tuer, de toutes les manières légiférées, ces ennemis d’Allah ». L’article poursuit par « Nous avons des hommes qui aiment la mort comme vous aimez la vie ». Ce qui était destiné aux Français en 2015, l’est aujourd’hui au monde entier. 

 

Les réponses apportées 

 

Nombreux sont ceux qui considèrent désormais les écoles, collèges, lycées et universités comme des lieux où règne l’insécurité d’apprendre face à la menace terroriste. Selon l’UNICEF, entre 2014 et 2018, l’éducation à été prise pour cible dans 87 pays.  

Face à ce constat, la Déclaration sur la sécurité dans les écoles à été ouverte à la signature des Etats en 2015. Cet engagement politique place au centre la protection des enseignants, des élèves tout comme « les établissements scolaires et les universités pendant les conflits armés ». Elle doit favoriser « la poursuite de l’enseignement en temps de guerre » et « mettre en place des mesures concrètes pour éviter l’utilisation des établissements scolaires à des fins militaires » mais aussi « fournir une assistance aux victimes d’attaques » et « enquêter sur les accusations de violation du droit national et international. » 

Aujourd’hui, 106 pays ont ratifié cette déclaration. 

Après l’attaque à l’université Kaboul, l’Union européenne par la voix du porte-parole du chef de la diplomatie européenne Josep Borrell a dénoncé l’attaque commise : « Prendre pour cible des civils innocents est une violation du droit humanitaire international et les auteurs doivent être tenus de rendre des comptes » il ajoute « de tels actes […] constituent des attaques contre l’Afghanistan. » 

Dans un contexte politique de conflit permanent à Kaboul, l’heure semble à l’union. Mais face à un ennemi aussi puissant que ces organisations terroristes, il paraît évident que des messages de soutien ne suffisent plus.