La culture est-elle morte ? Vive la culture !

La culture est-elle morte ? Vive la culture !

(NLDR: Cet article a été écrit la veille et aujourd’hui nous savons que les lieux culturels n’ouvriront pas avant au moins le 7 janvier)

L’un des secteurs les plus touchés depuis le début de la crise sanitaire est sans nul doute celui de la culture. Musée, cinéma, théâtre ou opéra… rien n’est plus pareil. Un retour à la normale est-il possible ? La culture est-elle morte ? Ce sont les questions que se posent les invités des Tribunes de la Presse.
Tous les ans, Tintamarre vous emmène aux Tribunes de la presse. Les Tribunes de la presse est une convention de débats en tout genre autour de sujets de société. En 2020, année un peu particulière, cela ne vous aura pas échappé, les Tribunes s’adaptent aux conditions, dans un format 100 % numérique en direct.
 

Alors qu’un déconfinement est annoncé pour le 15 décembre prochain, et donc une réouverture des lieux culturels, les invités, Marc Jeancourt, directeur du Théâtre à Paris,  Olivier Lombardie, administrateur général de l’Opéra National de Bordeaux et Constance Rubini, directrice du Musée des Arts Décoratifs et du Design de Bordeaux, retiennent leurs souffles. Ils nous parlent de l’état actuel de la culture.

Deux confinements bien différents

La Culture est présente quotidiennement dans nos vies, le matin en commençant par une vidéo Youtube, un peu de musique dans le tram, un épisode de série à midi, et le soir un bon bouquin.. Sans parler des diverses sorties, cinéma, théâtre, opéra, à l’occasion. Comment pourrions-nous nous en passer ? Et pourtant cela ne semble pas être l’avis du gouvernement, qui l’a classée dans la catégorie “non-essentiel”, avec comme conséquences la fermeture brutale des lieux culturels pendant le premier et le deuxième confinement. Entre mars et novembre, les règles n’ont pas beaucoup changé, pourtant nos invités ont constaté une différence significative dans le monde de la culture, mais pas de la même façon… 

En effet, Marc, directeur de théâtre, confie que le deuxième confinement est beaucoup plus dur que le premier : “ Les deux confinements ne se ressemblent pas, le premier était une stupéfaction parfois joyeuse avec une créativité, une intensité. Le deuxième est beaucoup plus difficile, c’est l’attente de la fin”. Beaucoup de ses spectacles étant programmés et reprogrammés au fil des annonces parfois contradictoires du gouvernement, les coûts sont colossaux, et sans les aides de l’Etat, la situation aurait été catastrophique. 

Cependant, les effets n’ont pas été uniquement délétères, et Olivier trouve que ce confinement a permis de rapprocher le monde culturel dans un élan d’entraide et de solidarité face à la crise. “En revanche les artistes se sont retrouvés sans activité totale, sans raison de vivre, c’était très dur” précise-t-il. Son ressenti est différent de celui de Marc, “La saison 2 du confinement était très différente, avec le maintien de la quasi-totalité des représentations”. 

Constance, elle, partage ces difficultés, particulièrement au premier confinement. Malgré tout elle se consolait en sachant que le monde entier vivait la même chose, permettant une plus grande entraide. Elle fut d’autant plus heureuse de constater que le public était toujours présent à la sortie du premier confinement, elle souhaite la même chose pour le prochain.

Une culture qui se réinvente

Devant cette situation inédite, le monde culturel a bel et bien dû se réinventer pour éviter de périr. Ainsi, et dès le premier confinement, on a pu voir fleurir de nouveaux concepts adaptés, comme le drive-in pour le cinéma, des expositions de musées en ligne ou encore le festival d’Avignon 100 % digital… 

Marc, directeur de théâtre, y voit une vraie bénédiction “les théâtres sont en train d’accoucher d’une nouvelle façon de fonctionner”. Il voit dans ces évolutions un avantage où le théâtre n’est plus coincé entre quatre murs, dans des salles à capacités limitées. Le théâtre, devenu pluridisciplinaire, ne se limite plus à son environnement, permettant une ouverture à un public plus large. “On a vécu ça comme un accélérateur de toutes les réflexions qui se passaient durant toutes ces dernières années, ça a été le désir profond d’agir vite et de se poser la question de qu’est-ce que c’est qu’un théâtre dans 10 ou 20 ans”. 

Constance à elle une approche différente, selon elle, une exposition en ligne ne suscitera jamais les mêmes émotions que lorsqu’on la rencontre dans un musée. “On est dans une société d’image, donc les gens ont tendance à confondre la reproduction et le réel, c’est pourquoi on ne voulait pas faire d’exposition virtuelle. On n’a pas l’aura de l’œuvre”. Cependant, le musée s’est également adapté, en proposant un site détaillé en attendant la réouverture des musées.

La crise sanitaire a un impact considérable sur le domaine de la culture, et sans les aides sociales de l’État et une adaptation de chacun, le pire aurait pu arriver. L’après covid sera sans doute différent dans notre façon d’apprécier la culture, mais loin de mourir, elle s’adapte à son temps, et à son public, toujours présent.

Audrey Salmi 

Crédit photo:  Les tribunes de la presse