#LaPrécaritéTue

Karine Rongba

Le 6 Novembre dernier, un étudiant en sciences politiques s’est immolé devant le CROUS de Lyon. Après cet ultime acte de dénonciation de la précarité étudiante, une vague de soutient a vu le jour dans toute la France. 

Dernier cri d’alarme 

Anas K., venait d’entamer sa 3ème L2 en sciences politiques. En plus de devoir tripler cette seconde année, il devait aussi palier la suppression de sa bourse, de 450€, et son logement CROUS le plongeant ainsi dans une grande précarité. Précarité, qui le poussa le vendredi 6 Octobre à s’immoler devant le CROUS de Lyon. Aujourd’hui, il serait brûlé à plus de 90 %. Avant de commettre ce geste, il avait publié un message de désespoir sur Facebook « si je vise donc le bâtiment du CROUS à Lyon, ce n’est pas par hasard, je vise un lieu politique […] 450 €/mois, est-ce suffisant pour vivre ? » 

« Nous aussi on doit lutter contre cette précarité » 

Impulsées par Solidaires étudiant.e.es, des manifestations ont vu le jour dans toute la France. Ainsi, dans les universités de Paris, Lyon et Lille la manifestation s’est même transformée en blocus. L’appel a été lancé à toutes les universités qui n’ont pas suivi. A Lille, on n’a pu constater des débordements pendant la conférence de François Hollande : des livres ont été déchirés et les locaux saccagés. Dans l’émission de Bourdain, il a lui-même répondu « La violence devient un mode de recours contre la forme de démocratie ». A Bordeaux les étudiants ne sont pas restés sans réponse. Le 12, ils se sont réunis devant le CROUS puis ont marché dans le centre-ville. Dans le cortège, grandissant à vue d’œil, Johana en L3 audiovisuel et cinéma explique qu’elle « manifeste pour survivre ». Le geste désespéré d’Anas est présent dans toutes les pensées. Florian en L2 histoire déplore « Son message est politique […] Nous aussi on doit lutter contre cette précarité ». 

68 % des étudiants déclarent sauter des repas 

Mais les étudiants sont-ils précaires ? Pour une partie la réponse est oui. En France, sur 2,7 millions d’étudiants, 700 000 sont boursiers. Ils peuvent percevoir entre 107 et 550 euros par mois selon les revenus de la famille. Mais, est-ce que 550 par mois peuvent suffire pour vivre avec un logement ? Selon l’OVE, l’Observatoire National de la vie Etudiante, en 2016, 62,8% des boursiers déclaraient ne pas avoir assez d’argent pour couvrir leurs besoins mensuels. La solution serait donc de prendre un emploi à temps partiel, à côté, pour compléter le revenu boursier. C’est le cas également pour les étudiants qui ont échappé de peu à la bourse (avec un revenu du ménage 2€ au dessus du palier par exemple). Mais cumuler ses études et un emploi de 15h par semaine est extrêmement lourd. L’aide de la famille peut être une solution. En effet, selon cette même étude, l’aide de la famille représente plus de 75% du budget pour 27 % des étudiants. Mais pour plus de la moitié, surtout originaire des classes populaires et moyennes, il n’y a pas ou très peu d’aide financière de la famille. Pour répondre à cet appel à l’aide, Gabriel Attal, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse, affirme travailler sur un revenu universel d’activité qui inclurait les jeunes.