Polémiques et Islam : témoignage d’une étudiante voilée

Polémiques et Islam : témoignage d’une étudiante voilée

Majda OUJANA

Le 14 octobre 2019, un document destiné à repérer les signaux faibles de radicalisation a circulé dans les locaux de l’Université de Cergy-Pontoise et a provoqué de vives réactions, parmi eux : le port du voile. Au lendemain de la marche contre l’islamophobie du 10 novembre 2019, et après une multitude de polémiques à l’égard des musulmans de France, des voix s’élèvent pour dénoncer la prise à partie d’une part des citoyens français. Nous avons décidé de donner la parole aux principales concernées : les femmes voilées étudiantes. 

La place du débat dans les milieux éducatifs 

Depuis quelques années, de nombreuses polémiques enflamment les plateaux de télévision. Les étudiants se retrouvent souvent au cœur de ces débats. Myriam Pougetoux en a fait les frais l’année dernière. Cette dirigeante du syndicat de l’UNEF à Paris avait été au cœur d’une polémique, et avait été accusée d’être instrumentalisée par un « Islam politique ». Plus récemment, le ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer avait réagi quant à l’expulsion d’une jeune femme voilée lors d’une assemblée plénière en Bourgogne Franche-Compté. Le ministre avait alors donné son avis et avancé que « le voile n’était pas souhaitable » dans notre société. De nombreux politiques ont alors suivi le mouvement en attestant qu’il n’était pas normal qu’une mère accompagnatrice puisse porter le voile lors de sorties scolaires. Mina fait partie de ces femmes à qui on ne s’adresse pas pour donner leurs avis sur des polémiques qui la concerne. Elle est étudiante en éco-gestion dans une université d’Ile-de-France, et aspire à travailler dans le contrôle de gestion. Elle porte le voile depuis quelques années et nous explique que « les polémiques sont de plus en plus compliquées à gérer », et craint qu’à force de cibler l’Islam, « des problèmes vis-à-vis de (sa) foi pourrait se produire » 

Quel avenir ? 

Le milieu éducatif n’est pas le seul concerné. En effet, une étude réalisée par la fondation Jean Jaurès datant du 6 novembre 2019 met en lumière que près d’un quart des musulmans ont déjà fait l’objet de discriminations en raison de leur religion à l’occasion d’une recherche d’emploi. Les premières personnes impactées sont bien souvent les jeunes diplômés qui ne parviennent pas à débuter leur carrière. Les femmes voilées sont les plus touchées par ces formes de discriminations. Plus d’une femme musulmane sur cinq indique avoir été traitée défavorablement ou discriminée dans le déroulement de sa carrière en raison de sa religion, selon la fondation Jean Jaurès. Pour certains, le voile est un outil de communautarisme et inférioriserait les femmes. « Ils considèrent que c’est un outil de communautarisme, mais c’est eux qui nous poussent au communautarisme, puisqu’ils refusent de nous embaucher donc on crée nos propres entreprises. Quant à ceux qui parlent de féminisme ou de laïcité, je leur conseille d’apprendre la définition de ces termes » nous confie Mina. 

Les polémiques autour des personnes de confession musulmane, et en particulier autour des femmes voilées n’épargnent pas les étudiants qui sont de plus en plus soucieux quant à la finalité de leurs études. Ils craignent de plus en plus de ne pas pouvoir accéder aux mêmes chances que les autres, compte tenu de leur appartenance religieuse.

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