#Sciencesporcs, lorsque les agressions sexuelles ne sont plus mises sous silence

#Sciencesporcs, lorsque les agressions sexuelles ne sont plus mises sous silence

#Sciencesporcs

Au début de février dernier, Juliette, étudiante au Science Po de Toulouse, publie dans un groupe Facebook une lettre ouverte au sujet du harcèlement et des viols dont elle a été victime. Elle raconte que tout commence dès ses premiers jours dans l’IEP (Institut d’Etudes Politiques), où des étudiants et étudiantes d’années supérieures s’en prennent à elle par différentes agressions verbales. Cela continue même lors de l’intégration des nouveaux et nouvelles étudiant.e.s, une intégration qui s’avère en réalité être un bizutage, où les nouveaux et nouvelles sont mis.e.s à rude épreuve et humilié.e.s. Pour rappel, le bizutage est puni par la loi par 6 mois d’emprisonnement et de 7500 € d’amende. Dans son post, Juliette y fait également part du fait qu’elle n’est malheureusement pas la seule victime d’agression de ce genre. Elle évoque d’ailleurs la connaissance par toutes et tous de ces violences dans différents campus, mais qu’aucun n’ose en parler et faire en sorte que cette situation cesse.

Son témoignage a très vite été relayé sur les différents réseaux sociaux, notamment sur Twitter par Anna Toumazoff qui a créé l’hashtag #siencesporcs pour l’occasion, inspiré de #balancetonporc. Suite à cela, la militante féministe a reçu de nombreux témoignages, plus d’une centaines, d’autres victimes relatant toutes un même souci : le silence de l’administration. En effet, lorsque certaines victimes avaient le courage de parler de leur agression à l’administration, la faute leur était tout simplement rejetée, lorsqu’elles n’étaient pas obligées de se retrouver en confrontation avec leur agresseur.

Les rois du silence

Ce que les témoignages relatent le plus, c’est cette loi du silence et cette protection qui entoure les agresseurs de la part des administrations des différents IEP. Dans un des cas par exemple, un homme a agressé sexuellement une femme, la seule « punition » qui a été mise en place par l’administration a été de changer de campus l’agresseur, sans d’autre mesure. Dans un autre cas où une victime s’est exprimée, son témoignage a été réduit au silence par la direction de son IEP car l’agresseur voulait entrer à l’ENA, et comprenez bien que viol ne ferait pas beau sur un CV. Parmi ces témoignages, beaucoup concernent les IEP, mais d’autres font état d’une situation similaire dans les grandes écoles, notamment de commerce. Cela peut amener à se demander si l’omerta concernant les agressions est plus forte dans les écoles où les étudiant.e.s et leurs familles doivent avoir les moyens de payer les droits de scolarité. L’argent peut effectivement entrer en compte dans la mesure où, notamment à Science Po, le financement des études évolue en fonction des moyens des étudiant.e.s. Une personne qui serait en mesure de débourser les 13 000 € par an aurait alors plus de poids du fait de son argent.

Bien qu’aujourd’hui on observe, petit à petit, une libération de la parole des victimes autour des agressions sexuelles grâce aux mouvements tels que #balancetonporc et #metoo, celle-ci n’est toujours pas suffisante et #sciencesporcs en est révélateur. A partir du moment où une personne a partagé son témoignage, celle-ci encourage d’autres personnes qui ont vécu une situation similaire à mettre des mots sur ce qui leur est arrivé. Mais pourquoi la parole est-elle plus libre sur internet que dans la vie de tous les jours ? Le fait est qu’aujourd’hui le témoignage d’une victime est pratiquement toujours remis en cause, d’autant plus si l’agresseur est considéré comme puissant par la société.

Pour souligner l’omerta qui règne dans les IEP, il faut se pencher sur l’affaire Olivier Duhamel. Ce politologue est le président de la Fondation nationale des sciences politiques, qui dirige Science Po, mais aussi un avocat sous serment. Le 7 janvier dernier, sa belle-fille Camille Kouchner publie le livre La Familia grande aux éditions du Seuil, dans lequel elle relate l’inceste dont a été victime son frère jumeau lorsqu’ils étaient adolescents, inceste pratiqué par Olivier Duhamel. Plusieurs personnes dans l’entourage du politologue semblent avoir été au courant et ont pourtant laisser l’affaire s’enterrer. C’est notamment le cas de l’ancien directeur de Science Po Paris, Frédéric Mion. Oui, ancien. Suite au travail de l’inspection de l’Education Nationale, ses propos se sont avérés incohérents, et il aurait tout bonnement protégé Duhamel. Les puissants protègent les puissants. Frédéric Mion a cependant pris les devants en démissionnant de son poste le 9 février 2021.

Qu’est-ce que l’on peut faire à notre échelle ?

Sur le site de l’université, il est possible de retrouver, dans « Infos pratiques », puis « Santé et social » plusieurs onglets concernant les violences et agressions, et donnant notamment accès à un guide « Les violences sexistes, sexuelles et autres agressions. Prévenir – agir ». Ce guide recense les différentes formes que peuvent prendre le harcèlement et les agressions, mais tout aussi important, ce guide apporte des conseils sur ce qu’un témoin peut faire pour aider les victimes : la sécurisation, le respect, la bienveillance et l’écoute active.


De plus le site de l’université dispose de plusieurs numéros et adresses mails à contacter en cas de besoin :

Mission égalité femme-homme : mission-egalite@u-bordeaux-montaigne.fr Responsable de cellule de veille : anne.strazielle@u-bordeaux-montaigne.fr (infirmière de la fac) Déclarer une agression : stop-violence@u-bordeaux-montaigne.fr / Intervention urgente : 05 57 12 47 66 (équipe de sécurité) 05 56 84 29 88 (PCSI)

Laure Ricochon